Observations « participantes » de Marc Lavergne chercheur au CNRS / An insider’s view about the course of events in the Middle East and the Horn of Africa

Au sultanat d’Oman, de nouveaux défis pour une fin de règne

Dans la livraison de juillet-août de la revue « Diplomatie » n°87, un article de Marc Lavergne sur la situation et les perspectives  du sultanat d’Oman, pour le 20ème anniversaire de son premier voyage dans ce pays et entre deux visites en mars et en juillet 2017 :

Mascate jouit depuis des décennies d’une réputation enviable, celle d’un pays discret et stable, bénéficiant d’une relative aisance, sous la férule bienveillante d’un despote éclairé : un profil rare dans cette région du monde. Mais à l’image de son souverain affaibli par l’âge et la maladie, cet îlot de paix voit son équilibre mis à l’épreuve, à la fois par l’émergence de difficultés économiques et par les conflits régionaux.

https://www.dropbox.com/s/bewd77wka72jrik/%E2%80%A2D87_Lavergne.pdf?dl=0

 

 



Note de lecture. Alexandre Kazerouni : « Le miroir des cheikhs. musée et politique dans les principautés du golfe Persique »

Note de lecture

Alexandre Kazerouni : « Le miroir des cheikhs. Musée et politique dans les principautés du golfe Persique », coll. Proche-Orient, PUF, 265 pages, 2017

Ce titre1 juxtapose deux thèmes en apparence distincts, la politique muséale et la géopolitique des principautés2 du Golfe, pour en souligner le rapport de causalité. Il donne ainsi à voir deux sujets méconnus : d’abord les enjeux réels de la politique muséale des principautés du Golfe, symbolisée en France par l’implantation du Louvre à Abou Dhabi, et en arrière-plan, la véritable nature du pouvoir en place dans ces principautés et son rapport à la société locale comme au monde extérieur. Cette approche s’appuie sur une longue enquête de terrain, sous forme de nombreux entretiens avec les personnalités qui ont joué ou jouent encore un rôle dans la mise en œuvre de cette politique, mais aussi par la connaissance qu’a l’auteur de la culture et de l’histoire des deux rives du Golfe.

Ce que nous rappelle en premier lieu ce livre, c’est que les principautés arabes de la rive sud du Golfe ne sont pas seulement le produit de la colonisation britannique et de la découverte du pétrole, mais d’une longue histoire, marquée par leur rôle de corridor commercial convoité entre l’Occident et l’Extrême-Orient et de pont entre les deux rives de cette Méditerranée qu’est le golfe Persique, et aussi, sur chaque rive, par le rapport entre l’intérieur et la côte : la géographie tient, aux échelles régionale et locale, une large part dans la gestation de la société golfienne d’aujourd’hui. Ce rappel est d’autant plus utile que la communication des dynasties du Golfe, complaisamment relayée en Occident, tend à schématiser et déformer la réalité historique et humaine de ces sociétés. L’idée étant de masquer que la société est dominée par des pouvoirs autocratiques, souvent d’imposition récente, et qui représentent les intérêts de grandes familles bédouines originaires de l’intérieur de la péninsule arabique. Cette thèse tente de démontrer que ces dynasties demeurent étrangères, sinon hostiles, à la fabrique humaine cosmopolite des ports de la côte où elles ont implanté leur domination.

La politique culturelle est un objet apparemment anodin. On peut l’imaginer déconnectée des préoccupations immédiates imposées par un environnement instable ; mais elle offre en réalité un angle novateur de compréhension de ces dynamiques et de ces enjeux de pouvoir : elle révèle les clivages sous-jacents aux transitions dynastiques, souvent des moments de tension et d’incertitude au sein des familles dirigeantes ; elle apporte aussi des éléments précieux de compréhension des évolutions internes de ces sociétés, dont on a eu un aperçu lors des soulèvements arabes depuis 2011. La répression impitoyable du soulèvement populaire à Bahreïn, les manifestations de la jeunesse d’Oman, et la plongée du Yémen dans un chaos aux multiples acteurs, ont contraint les dirigeants des autres États de la péninsule à adopter des mesures de précaution pour prévenir toute menace sur leur pouvoir.

L’argument central autour duquel s’articule la démonstration est l’opposition entre deux politiques muséales successives et concurrentes, celle des « musées-racines » et celle des « musées-miroirs », qui coexistent désormais sans se rencontrer.

Les « musées-racines » ont eu pour but, selon l’auteur, de mettre en lumière, depuis leur apparition au début du XXème siècle, l’histoire et la société des cités – vouées à devenir des Etats – de la rive sud du Golfe, dans leur diversité historique et humaine. Ils furent à l’origine l’émanation des clubs culturels, à travers lesquels les sociétés marchandes des ports s’ouvrirent aux courants du nationalisme arabe nés de la crise, puis de la désintégration de l’empire ottoman, puis de la mise ous tutelle de l’empire perse. Ces musées étaient – et sont encore, en dépit de leur marginalisation politique – le témoin de cette modernisation, née de la bourgesoie commerçante « éclairée », puis captée par la bureaucratie des entités naissantes soumises à la Couronne britannique. Celle-ci émane de ce « petit peuple des ports », lié avant l’ère pétrolière, à la bourgeoisie commerçante ; les fils de ce petit peuple aurait été captés, à travers l’éducation moderne, par les grandes familles lignagères détentrices du pouvoir politique et formés dans les grands centres culturels et intellectuels du monde arabe, pour fournir les cadres administratifs des émirats modernes. Puis le retournement du marché pétrolier durant les années 80, et les difficultés financières dues à la guerre Iran-Irak, permirent à cette nouvelle classe éduquée de s’émanciper et de revendiquer sa part de l’histoire nationale, et donc du pouvoir.

Les musées-racines seraient le reflet de cette revendication. Ils ne présentent pas d’œuvres valorisées sur le marché de l’art international, mais les travaux et les jours des groupes humains présents de longue date entre rivages et arrière-pays désertique ou montagneux : paysans oasiens, pêcheurs de perles, navigateurs au long cours vers l’Inde ou l’Afrique orientale, commerçants oscillant entre la Perse et l’Arabie, ainsi que Bédouins nomades ou sédentarisés. Ils sont destinés à l’éducation de la population, et visent à renforcer sa cohésion et son ancrage dans son milieu comme dans une histoire partagée3. Ils sont sous la tutelle des ministères de la Culture, gérés par des bureaucrates acquis aux idéaux unificateurs du nationalisme arabe. A titre d’exemple, me revient en mémoire le modeste musée de Ras el Khaimah abrité dans l’ancienne résidence fortifiée des Qawasim, édifiée au XVIIIème siècle. Visité durant les années 90, il présentait les témoignages d’une histoire millénaire, d’un artisanat de bijouterie, d’armurerie, d’ébénisterie et de poterie, remontant au néolithique, au 2ème millénaire avant JC, et faisant appel aux produits de la terre et de la mer, voire de l’outremer et s’achevant symboliquement avec les tableaux représentant l’attaque britannique de 1809.4

A l’opposé, me promenant un soir de 2002 sur la corniche d’Abou Dhabi, je tombai par hasard sur une modeste exposition de folklore, installée sur la plage au pied des imposantes tours de bureaux : ce n’étaient que des tentes éclairées par des lumignons sur le sable de la plage. De rares visiteurs, surtout des mères avec leurs enfants, circulaient d’une tente à l’autre et découvraient de pauvres objets de la vie d’antan, surveillés par les vieillards qui les avaient exhumés pour l’occasion : les viatiques essentiels de la vie nomade, outres, coussins, couvertures, ustensiles de cuisine ou antiques tromblons et leurs poudrières. Un de ces guides bénévoles me montra fièrement son permis de conduire, posé sur un guéridon : il portait le n°7…Quant aux musées du fort Al-Fahidi de Dubaï ou d’Abou Dhabi, ils ne donnent à voir que le dénuement dans lequel vivaient les sociétés bédouines et que décrivait encore Wilfred Thesiger lorsqu’il les découvrit au lendemain de la 2ème guerre mondiale5.

L’auteur rappelle justement que les musées masquent autant qu’ils révèlent. Ces musées-racines sont déjà sélectifs, donnant à voir une image figée et idéalisée de la vie d’antan, détachée de tout contexte historique, et épurée de tout contentieux entre les différents groupes en présence. Le musée de Charjah, aujourd’hui au centre d’une vaste opération de rénovation du centre ancien, dans une perspective d’attraction touristique6, est révélateur : l’émirat y est présenté à travers ses divers territoires, dispersés entre les rives du golfe Persique et du golfe d’Oman ; mais la constitution de cet ensemble disparate et les composantes de son identité ne sont mentionnées nulle part, non plus que l’histoire complexe de l’empire maritime des Qawasim dont il est l’héritier, et dont la base était Ras el-Khaimah, devenu un émirat séparé, dirigé par une autre branche de la famille7.

Les « musées-miroirs », en revanche, ont été créés depuis la dernière décennie du XXème siècle ; ils procèderaient de la volonté des dirigeants de se rapprocher des opinions publiques occidentales, en projetant une image de modernité et d’ouverture. Plus que par l’évolution des cours du brut ou par la révolution khomeiniste en Iran, cette nouvelle politique aurait été déterminée, selon l’auteur, par l’invasion du Koweït en août 1990. Celle-ci a en effet démontré la fragilité de ces dynasties, et la leçon qui en aurait été retenue est que le soutien des opinions publiques occidentales était indispensable à leur sécurité, par-delà le soutien des milieux pétroliers, des marchands d’armes et des dirigeants politiques. Les musées-miroirs seraient donc l’expression d’un soft power ciblé en direction des milieux de la culture et des leaders d’opinion en Occident : ils permettent la promotion du mythe d’une société du Golfe dirigée par des « despotes éclairés », participant activement à une culture de paix et d’échange à l’échelle planétaire.

Les musées-miroirs seraient ainsi plus importants par la publicité qui leur est faite, par le choix de leurs architectes, tous de renommée internationale, que par leurs collections, leur fréquentation ou leur réalisation même. La plupart des projets ont pris du retard, ou restent à l’état d’épures, bien qu’ils mobilisent les meilleures équipes de conservateurs et de promoteurs occidentaux. Ils sont volontairement déconnectés de l’administration et de la culture du pays d’accueil, et n’ont pour interlocuteurs locaux que des membres éminents des familles régnantes, incompétents mais omniprésents, dans une démarche de personnalisation de la direction politique de ces Etats. Le propos de ces projets ne serait donc pas de fournir à la population locale, ou même aux touristes, un accès à une production culturelle contemporaine, mais d’être un objet d’étonnement et d’admiration à l’étranger, et de façon annexe, de placer le Golfe sur un marché de l’art mondialisé, occupant une niche à mi-chemin des places d’Extrême-Orient et d’Occident.

Les musées-miroirs sont ainsi l’enjeu de tractations et de compromis entre les attentes des initiateurs occidentaux de ces musées et celles de leurs bailleurs du Golfe8. Du côté occidental, l’auteur évoque les positions divergentes des tenants de musées « universels » visant à présenter l’art moderne international, de celles qui visent à faire de ces musées des vitrines de la relation idéalisée entre Orient et Occident9. Mais il ne se limite pas à cette analyse d’ensemble : il décline les politiques propres à chaque dynastie régnante, issues de grandes familles bédouines de l’intérieur de la péninsule. Il consacre ainsi un développement justifié au Musée d’art islamique de Doha, qui constitue un cas à part dans cette catégorie, puisqu’il ambitionne de répondre à un objectif particulier : celui de jouer, comme me l’avait confié Cheikh Hassan bin Muhammad al Thani, lors d’une précédente visite en 2010, un rôle historique comparable à celui des Abbassides, grâce auxquels avait été conservé et transmis le patrimoine scientifique et culturel de l’antiquité hellénistique, mais cette fois-ci à l’égard du patrimoine arabo-musulman. Comme dans d’autres domaines comme la télévision avec la chaîne Al-Jezira, le souci propre du Qatar est de justifier son existence aux côtés et à l’encontre de l’Arabie saoudite. Mais d’une manière plus générale, toutes ces familles régnantes, cramponnées à une légitimité fondée sur le lignage, cherchent à resserrer leur emprise sur leurs peuples, qui pourraient être tentés par une évolution démocratique. Elles visent donc à renforcer leur alliance/allégeance avec leurs protecteurs occidentaux, qui peuvent également faire contrepoids à l’ombre portée de l’Arabie Saoudite et de l’Iran, qui plane toujours sur ces micro-Etats.

Dubaï avait pris le relais de Koweït, après l’invasion de cet émirat, comme pionnière de l’ouverture du Golfe à l’environnement régional et international. Elle est devenue une ville-événement, icône planétaire de la mondialisation économique et de la civilisation des loisirs, reléguant dans l’ombre l’austère Abou Dhabi. L’auteur explique en quoi la crise financière de 2008 a renversé la donne et en quoi ce renversement du rapport de force entre ces deux émirats a influé sur la nouvelle politique muséale d’Abou Dhabi. Aux côtés d’autres objets emblématiques comme la Grande mosquée Cheikh Zayed, le circuit Ferrari ou la Cité écologique Masdar, les musées en projet (Louvre, mais aussi Guggenheim et British Museum) participent de la nouvelle affirmation internationale du soft power d’Abou Dhabi. On peut ainsi distinguer les politiques plus affirmées du Qatar et d’Abou Dhabi de celles de Dubai et des émirats du Nord, tandis que le duel entre Doha et Riyadh fait le pendant, en plus brutal, de celui qui oppose Dubaï et Abou Dhabi. Une visite récente (février 2017) au musée d’art islamique de Doha corrobore les observations de l’auteur : ce musée appartient décidément au groupe des musées-miroirs ; mais l’art islamique présenté n’a d’une part d’islamique que le lieu d’origine des artefacts présentés (pour l’essentiel extérieurs au monde arabe, s’agissant majoritairement de la Perse, de l’Asie centrale et de l’Inde moghole), et d’autre part, lorsqu’il s’agit d’objets à caractère religieux, ils émanent souvent de sociétés chiites, alors que l’émirat est souvent présenté comme un héraut de l’islam sunnite le plus rigoriste, ce qui peut être interprété comme un défi à l’Arabie Saoudite voisine. Cette opposition constante, et naguère armée, entre Doha et Riyadh se conjugue toutefois avec celle qui sépare les tenants d’une identité « golfienne », celle des émirs au pouvoir, descendants de lignées bédouines prestigieuses issues du cœur du désert, et les tenants d’une adhésion au nationalisme arabe plus large et plus progressiste, issus du « petit peuple des ports ». Selon l’auteur, ces deux acceptions du nationalisme, ces deux visions du destin de ces sociétés coexistent en s’ignorant, à travers ces deux politiques muséales. Une coexistence qui serait permise par la rente pétrolière finançant l’entretien de deux systèmes de fonctionnement de l’Etat : un équilibre que l’on est en droit de considérer comme instable, tant il recèle d’incohérences et de contradictions…

Ce livre, écrit dans le style matter of fact d’une enquête nourrie de nombreux entretiens avec les personnalités impliquées dans la politique culturelle, sur place et en Occident, présente donc un double intérêt : sur le fond, il offre une nouvelle entrée, féconde, à la réflexion sur la question du pouvoir dans des sociétés opaques au regard des observateurs extérieurs ; il permet ainsi d’aller au-delà des considérations d’enjeu géopolitique global ou régional, de réalisations urbanistiques ou de succès économiques qui ont jusqu’à présent mobilisé l’attention, admirative ou critique, en Occident, et pourrait être élargi à d’autres objets, très médiatisés comme le sport, ou plus discrets comme la finance, dans lesquels s’inscrit la relation entre la région du Golfe et l’Occident. Il fourmille en outre d’informations précieuses et parfois inédites sur le fonctionnement de ces sociétés, hier et aujourd’hui. Mais il laisse volontairement de côté la part de la société du Golfe qui demeure extérieure car de nationalité étrangère, à ces manœuvres, tandis que demeure sans réponse la question de l’étrange absence d’intervention sous ces latitudes et sur ces défis, des acteurs politiques violents comme Al-Qaïda ou l’ « Etat islamique »…

1 La thèse qui a fourni la matière de cet ouvrage s’intitule « Le miroir des cheikhs. Musée et patrimonialisme dans les principautés arabes du golfe Persique », thèse de science politique, Paris, Institut d’études politiques, 2013, 2 vol., 1124 pages, sous la direction de Gilles Kepel ;

2Même si certains s’intitulent plus sobrement Etats (« dawla ») et si le Bahreïn est devenu officiellement un royaume, l’auteur estime à juste titre que ces différents territoires peuvent être considérés comme les domaines privés de familles princières, à l’origine des chefs de tribus promus par l’intervention britannique dans la région au début du XIXème siècle.

3Voir la série de cartes postales en annexe, collectées sur place à la fin des années 90.

4Voir la reproduction de la brochure du musée et de la carte postale figurant l’attaque de 1809.

5Wilfred Thesiger : Le désert des déserts, Coll. Terre humaine, Plon, 1978, 463 pages.

6Entreprise aux perspectives limitées à un tourisme musulman, dans la mesure où l’alcool est prohibé à Charjah, qui se veut ainsi un conservatoire des traditions et des normes islamiques, accolé à Dubai cosmopolite et « dévoyée ».

7Voir photos du chantier de rénovation du souk, de construction d’un hôtel moderne (Al Baït), de la Crique et de la mosquée chiite de Charjah sur le front de mer, ainsi que du musée de Charjah en PJ en mars 2017.

8 Cet ouvrage dévoile aussi l’engagement de plusieurs catégories d’acteurs du côté occidental, qui deviennent les « clients » et les serviteurs des dirigeants des États arabes du Golfe : d’abord les architectes et les concepteurs de la politique muséale, ensuite les personnalités politiques, les hauts fonctionnaires et les conservateurs des musées, dont il évoque les implications complexes. Celles-ci aboutissent souvent à un primat des intérêts personnels sur celui de la nation. Cette relation marque aussi un renversement du rapport entre le « Centre » et la « périphérie » du monde, et jette le doute sur les capacités de la France et de ses rivaux anglo-saxons, à continuer à jouer un rôle autonome dans les affaires du monde.

9 Se reporter à l’exposé des motifs du Louvre Abou Dhabi sur le site officiel : http://www.louvre.fr/louvre-abu-dhabi



Stand Up de l’humanitaire à l’IRIS le 11/5/17
L’Observatoire des questions humanitaires de l’IRIS, a le plaisir de vous inviter à son 12e Stand Up de l’Humanitaire : 15 minutes de présentation pour 1h15 de débat afin de réfléchir ensemble, hors des sentiers battus et rebattus, à l’avenir de l’humanitaire.
  
« LES ONG HUMANITAIRES
EN VOIE D’EXTINCTION ? »
     
Avec la participation d’Éric BERSETH, directeur de Philanthropy Advisors et Vincent TAILLANDIER, consultant indépendant, ancien directeur d’opérations à Action Contre la Faim. Le débat sera lancé et animé par Michel MAIETTA, directeur de recherche à l’IRIS.
Jeudi 11 mai 2017, 18h30-20h30
Espace de conférences de l’IRIS *
Mon point de vue :
D’un côté les humanitaires aux dents longues, qui vous  parlent de start up, de parts de marché, de nouvelles technologies, de partenariat public-privé, de fondations d’entreprises, de jeunes loups contre les vieilles barbes, de pragmatiques contre idéalistes ; ça, c’est E. Berseth, avec son Philanthropy Advisors, qui dit tout : un nom anglais pour faire dynamique et mondialisé, un concept anglo-saxon qui recycle la charité chrétienne dans le business capitaliste  ( le modèle assumé est Bill Gates, l’empereur de la pierre philosophale) ; de l’autre, dans le rôle du punching ball has been, Bénédicte Hermelin, la « patronne » de Coordination SUD, droit dans ses bottes, défendant vaille que vaille l’humanisme, le devoir de solidarité et l’aide au développement. Et au milieu, Vincent Taillandier qui prédit la fin du modèle ONG face au défi des nouvelles technologies qui vont rapprocher donateurs et récipiendaires, et qui vont fracasser le modèle vertical des ONG mastodontes. En fait, ce fut un débat politique sans le dire, où il n’y pas grand chose en commun entre les différentes visions, sinon une illusion collective, et peut-être pas si naïve, sur l’efficacité et  même l’utilité, de l’action humanitaire. Une efficacité qui reste à évaluer dans l’absolu, comme en relation coût/résultats, mais qui est évidemment marginale et ponctuelle, quand elle n’est pas négative, dans tous les cas de figure : théâtres de conflits, bien sûr, mais aussi catastrophes naturelles. Derrière la passion des agences de l’ONU et des ONG pour les chiffres, les statistiques, les courbes, il n’y a qu’une obsession : l’argent, à tout prix et sous les prétextes, dans une guerre permanente et sans merci  pour l’accès aux ressources, mais une grande pudeur sur les résultats du point de vue des « bénéficiaires »…


Soirée-débat sur l’Egypte de Sissi Toulon 28 janvier 2017

Avec projection du film d'Anna Roussillon "Je suis le peuple'"



7 ème Congrès du Fatah, Ramallah, 28-30 novembre 2016

A la télévision palestinienne

 

Ci-joint le lien vers les interventions des délégués étrangers…

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=1307195506017107&id=132091353527534

 

 



Damiette, une ville prospère d’Egypte à l’heure de la mondialisation

Article paru dans le N°14 de la revue Egypte/Monde arabe du CEDEJ, novembre 2016, en accès libre

http://ema.revues.org/3626

Article complété de cartes et photos paru dans le n° 29 de la revue Cahiers d’EMAM, février 2017, en accès libre :

https://emam.revues.org/1390



Projection du film CLASH de Mohamed Diab au cinéma le Louxor le 8 septembre à 20h, suivi d’un débat

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La recherche dans le monde arabe : structures et perspectives
6 août, 2016, 10:10
Classé dans : Conférences, présentations

La recherche dans le monde arabe : structures et perspectives

 

Intervention prononcée lors de la réunion de la CONFREMO (Conférence des Recteurs du Moyen-Orient), Université Saint-Joseph, Beyrouth, le 14 octobre 2008.

Le rapport sur le développement humain dans le monde arabe de 2003 a pour thème central l’avènement espéré d’une « société de la connaissance ». Il met l’accent, cependant sur les déficiences du système d’enseignement et plus encore, sur les contraintes qui pèsent sur la recherche scientifique dans le monde arabe.

I – Un tableau général déficient

Problèmes budgétaires, certes, qui ne relèvent pas seulement de la pauvreté des moyens, qui est variable d’un Etat à un autre, mais surtout de la négligence des pouvoirs publics, et de l’absence de conscience, bien souvent, du lien entre recherche et développement.

Les statistiques présentées dans ce rapport et d’autres consacrées au même objet masquent mal l’insuffisance des sources et des méthodes de mesure  : la réalité est souvent bien plus sombre que ne le laissent penser les tableaux indiquant le nombre des chercheurs dans les universités de la région : elles ne prennent en compte qu’une dimension quantitative et surestiment la possibilité pour les enseignants de se consacrer à la recherche, dans les sciences humaines et sociales, et surtout dans les disciplines des sciences dites « exactes ». Même si l’on exclut des domaines privilégiés, comme la recherche nucléaire, la recherche liée à la défense et à la sécurité, la contribution du monde arabe à l’effort global consacré à la recherche est négligeable.

C’est pourquoi, malgré son caractère novateur et les références classiques à l’âge d’or des « Arabes et la science », le ton employé dans ce rapport, volontariste et idéaliste, est fort éloigné de la réalité et des perspectives que l’on peut envisager compte tenu des priorités des pouvoirs politiques en place1.

La notion même de « science arabe » est discutable, et l’on peut se demander s’il est pertinent de chercher à regrouper la situation des différents pays arabes sous une même enseigne. Cette recherche d’essentialisme sous la bannière des héritiers des califes abbassides, transmetteurs de savoir et protecteurs des philosophes et des savant, demande à être questionnée. D’où vient cette impression d’une situation en effet partagée ? Des effets délétères de la rente pétrolière ? Du poids d’une conception rétrograde de la religion de plus en plus considérée comme antinomique de la connaissance scientifique ? Ou bien du primat des préoccupations immédiates de profit et de survie de la caste dirigeante sur celles du progrès économique et social chez les dirigeants de la plupart de ces pays ?

Par ailleurs, la science est une construction universelle et transfrontières. Il serait donc peut-être intéressant de s’interroger sur les causes et les conséquences possibles d’une approche de type essentialiste.

Les conditions de la recherche

La recherche existante se concentre dans quelques pays, ceux qui en ont la taille et les moyens.
L’activité de recherche implique en effet à la fois l’existence d’une masse critique (nombre de chercheurs potentiels, moyens financiers disponibles) et un environnement favorable (une demande économique et sociale, une conscience de l’intérêt de cette démarche au niveau des pouvoirs publics et des utilisateurs privés). Elle ne peut en outre pas se faire de façon isolée et exige des interactions transdisciplinaires, donc la présence d’une large palette de disciplines connexes. Certes, mais la recherche peut aujourd’hui être décloisonnée et décentralisée, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, ce qui peut permettre des gains de temps et d’échelle, donc la mise en place de structures de recherche dans un délai rapide, en sautant des étapes (cas du Golfe, où l’on acquiert et transplante un appareil de recherche clefs en mains, dans des « Cities » spécialisées, comprenant main d’œuvre et outillages).

La recherche participe donc d’un effort global et cohérent de croissance et de développement. Cet effort implique une volonté et des capacités : la croissance est ainsi à la fois le moteur et le résultat de la recherche pour le développement, car celle-ci exige des fonds importants, mobilisés pour un effort continu dans le temps et multiforme dans ses composantes.

Certains indicateurs sont utilisés pour mesurer l’effort de recherche : le pourcentage dévolu à la recherche-développement dans les budgets nationaux, et le classement des universités, par exemple. Les uns et les autres doivent être maniés avec prudence, et méritent d’être précisés dans leurs définitions et leurs méthodes de mise au point.

II – La recherche scientifique au Moyen-Orient arabe

Sa diversité reflète celle des pays concernés, puisqu’elle ne se décline que dans les cadres nationaux, et qu’il n’y a pas d’effet de synergie, ni de coopération internationales, en dépit de la langue et de la civilisation en partage. Des pays voisins ou proches sont dans des situations très différentes : que l’on songe seulement à une comparaison entre le Yémen et les Emirats Arabes Unis… En dépit d’une histoire séculaire d’intérêt pour la recherche scientifique, ses acquis, à l’heure actuelle, ne remontent guère au-delà de la découverte du pétrole.

On peut esquisser une comparaison, en termes d’évolution historique : comme en matière de démographie, on pourrait parler de transition scientifique, en ce qui concerne l’état d’avancement de celle-ci en termes de moyens disponibles, d’orientations, et de structuration.

L’exode des cerveaux est une caractéristique majeure, structurelle, de la recherche dans le monde arabe. Elle occasionne parfois de brillantes réussites dans les pays d’accueil, au premier rang desquels les Etats-Unis. Cet exode n’est malheureusement pas seulement le fait du manque de moyens matériels pour assurer conditions de travail et vie décente aux chercheurs, ni même la masse critique en termes d’environnement universitaire évoqué plus haut. Comme le rappelle le roman « Chicago » d’Alaa el-Aswani, la recherche, comme toutes les activités humaines et sociales qui tentent d’échapper à l’empire du pouvoir, est suspecte. Par définition, pourrait-on dire, elle menace l’ordre établi, un ordre des choses, qui ne vise qu’à reproduire l’existant.

Or, pour être fructueuse, la recherche est une confrontation, un débat d’idées, une observation critique du réel, génératrice de questionnements plus ou moins maîtrisés. La notion même d’université est également à mettre sur la sellette à ce point de vue : dans les pays « latins », les universités, quoique rebelles, ont été intégrées dans la Cité, comme un ferment pour la société, mais aussi le lieu d’apprentissage citoyen, passant éventuellement par la rébellion, pour les futures élites d’un pays. Le modèle anglo-saxon a privilégié les universités campus, séparés de la vie urbaine et sociale. Formation in vitro contre formation in vivo… le monde arabe dispose d’universités anciennes au cœur de la ville et de la vie sociale ; mais il adopte la tendance dominante à la création de campus spécialisés, hors les murs, qui garantissent le pouvoir contre la subversion, mais stérilisent en même temps la créativité, le dialogue, l’interaction entre vie sociale et monde estudiantin. C’est oublier un rôle peut être essentiel des universités dans la formation des citoyens ; sur le plan de la recherche, l’exemple de la Silicon valley, initialement refuge de hippies géniaux en quête d’un nouveau modèle de vie en communauté, devenus inventeurs de la Toile qui a bouleversé la vie de l’humanité en tentant leur idéal altruiste et désintéressé, devrait donner à méditer. Donc les clones de cette Silicon valley, dans le monde arabe comme l’Internet City de Dubaï, oublient trop vite que ce n’est pas la technologie ou la finance qui sont le gage d’avancées scientifiques et technologiques, mais la liberté de création et de pensée, l’interaction entre individus et groupes sociaux.

La recherche est par ailleurs la rencontre d’une demande sociale : il faut avoir conscience et envie de progresser pour s’y engager, il faut avoir conscience de besoins à satisfaire, et éventuellement de gains financiers possibles. Il faut aussi avoir atteint un certain niveau de développement, celui où toute la société est consciente de l’enjeu, et désireuse de se doter d’un niveau d’éducation suffisant pour qu’en émerge un nombre significatif de chercheurs : ceux-ci n’émanent plus en général de l’élite, aujourd’hui que la recherche est une œuvre collective, et non pas un passe-temps d’oisifs privilégiés, mais des classes moyennes.

La recherche se décline en :

  • une recherche universitaire, pratiquement dépourvue de moyens, et où les enseignants mal payés ne sont pas motivés à mener de plus une activité de recherche réelle ;

  • une recherche « privatisée » dans des bureaux d’études privés, souvent fondés par des universitaires, qui vivent de commandes publiques ou de réponses à des appels d’offres internationaux ;

  • des centres étrangers, qui assurent une activité de formation de jeunes chercheurs et de recherche en coopération pour le développement, mais dont certains sont l’héritage d’époques antérieures, tels les centres de recherche archéologique, et préexistaient aux structures nationales mises en place depuis les indépendances.

Quelles sont donc les perspectives pour la recherche au Moyen-Orient, à moyen terme ?

  • On peut imaginer que, par le biais de la volonté de développement, ou par mimétisme avec l’Occident, s’opère une prise de conscience de l’intérêt de la recherche. Mais il ne faut pas mésestimer, à l’inverse, un mouvement d’opinion puissant qui considère avec suspicion la recherche, et toute innovation, et pour qui le Livre sacré répond par avance à toutes les préoccupations d’ordre scientifique.

Les ressources humaines aujourd’hui perdues après leur formation initiale, et qui s’expatrient pour mener leurs travaux, pourraient être incitées à revenir, si les moyens leur en étaient donnés et si la recherche régionale était articulée et s’intégrait dans le grand courant de la recherche mondiale. Ce qui implique que soit repris, sans frilosité et avec ampleur, l’œuvre de traduction de la pensée universelle en direction de l’arabe, et que, en amont, les pouvoirs publics trouvent un intérêt non seulement à ouvrir l’accès à l’éducation (en voie de dégradation rapide partout) à l’ensemble de la jeunesse, mais aussi à assurer un enseignement non pas scholastique, mais soucieux d’éveil de l’enfant et de la jeunesse à la pensée critique et aux préoccupations scientifiques. N’oublions pas que la recherche est un facteur important d‘ouverture d’esprit, et qu’elle offre aussi le champ d’un combat politique entre forces rétrogrades et pensée rationnelle d’inspiration laïque.

On pourrait envisager la création de pôles de recherche spécialisés, articulés sur les grands centres de la recherche mondiale, pour éviter compétitions stériles et saupoudrage. La recherche ne peut se concevoir que dans l’échange et le débat, et c’est pour cela qu’il est indispensable que des ponts soient maintenus et renforcés entre les chercheurs du Moyen-Orient et ceux des autres aires culturelles. A ce titre, il est préoccupant de constater combien la politique aveuglément restrictive de visas des pays occidentaux est préjudiciable à l’objectif recherché, puisqu’elle empêche la poursuite de ces échanges, et compromet pour l’avenir la meilleure compréhension entre les civilisations concernées.

III – La recherche et la francophonie

La francophonie est un atout pour la recherche dans la région. Mais il ne faut pas se tromper de cible. La recherche au Moyen-Orient souhaite échapper à la dépendance et au face-à-face exclusif qu’elle conteste souvent, avec l’univers anglo-saxon, sans trop savoir comment lui doit échapper. Cette contestation n’est cependant pas exempte d’ambigüités, et ressemble en cela beaucoup à celle de la recherche francophone à l’échelle mondiale.

Il est important reconnaître une évidence : celle que la langue anglaise domine de façon quasi-exclusive le champ de la recherche, à l’exception notable de quelques domaines où l’héritage prime sur l’innovation, comme c’est le cas pour l’archéologie, où la langue française conserve une part importante. La langue anglaise, et en particulier les colloques, les publications dans cette langue, assurent la validation universelle des travaux. On pourrait nuancer en disant que cette évolution vers le « tout anglais » n’est pas aboutie : elle est plus avancée dans les domaines les moins fragmentés, où les chercheurs de tous les pays sont immédiatement confrontés les uns aux autres dans une compétition constante, et aux enjeux financiers importants. Les langues régionales, dont le français, gardent une représentation dans les disciplines plus fragmentées, moins livrées à la compétition internationale, parce que moins chargées d’enjeux financiers. On reconnaît là, mais pas de façon absolue, le clivage entre sciences dites improprement « exactes » et « molles » ;

Au final, on n’échappe pas à cette suprématie de l’anglais qui assure seul la reconnaissance universelle et la validation des travaux scientifiques, par l’émulation décloisonnée qu’il permet.

D’un autre côté, la recherche au Moyen-Orient est confrontée à la question de la place de la langue arabe. Malgré les progrès réalisés, les traductions sont encore insuffisantes pour accès à l’univers de la science dans cette langue. Il importe donc à la fois de traduire vers l’arabe, et aussi depuis l’arabe vers les autres langues de communication scientifique.

La place du français se situe donc dans la région entre ces deux exigences de l’anglais et de l’arabe. Son usage se présente comme une alternative, non pas seulement linguistique, mais de mode de pensée : la francophonie est un enrichissement en permettant la comparaison, le va-et-vient entre cultures, entre démarches cognitives, y compris pour les anglophones, d’ailleurs.

Le français se présente aussi comme un lien entre les niveaux national et international, puisque son statut participe des deux. C’est donc un lien horizontal entre les deux rives de la Méditerranée, entre une Afrique et une Amérique, et c’est lien entre les langues locales ou nationales et la langue de communication planétaire qu’est l’anglais. Et cela reste une langue scientifique en mesure d’embrasser l’ensemble des disciplines et de porter les progrès de la recherche, même si personne ne nie qu’elle apporte sa contribution aux côtés de ce véhicule indispensable qu’est la langue anglaise.

Marc Lavergne,

Directeur de recherche au CNRS

Directeur du CEDEJ (Le Caire/Khartoum)

16/3/09

1 Voir à ce sujet Marc Lavergne : « The 2003 Arab Human Development Report : a Critical Approach », Arab Studies Quarterly, vol. 26, n°2, numéro special “The Arab Human Development Report Revisited”, printemps 2004, pages 21 à 34 ;

 



Les conflits dans le monde – article sur la division du Soudan
18 juillet, 2016, 14:26
Classé dans : SOUDAN,Sud-Soudan

fichier pdf Les conflits dans le monde, dir. B. Giblin, Armand Coloin, 2 è éd., 345 pp.compressed



Présentation du documentaire « L’heure de la liberation a sonné » le 16 juin à 20h à l’espace Saint Michel à Paris par Marc Lavergne
10 juin, 2016, 10:52
Classé dans : Conférences, présentations,Oman

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