L’exécution du cheikh Nimr al Nimr en Arabie Saoudite répond à une volonté du roi Salman de reprendre l’initiative face à la menace que représente pour le royaume la signature de l’accord des Etats-Unis (et de l’Europe) avec Téhéran. Il s’agit de cliver nettement le monde musulman et de mettre l’Occident au défi, en montrant avec 46 exécutions que le royaume demeure de façon assumée culturellement et politiquement plus proche de Daesh et de la tradition prophétique et de la pratique des premiers califes « bien dirigés » que des démocraties occidentales.
Ce rappel de la capacité d’influence et de nuisance du royaume wahhabite passe par l’injonction faite au CCG d’abord, puis aux pays africains riverains de la mer Rouge, de s’aligner derrière l’Arabie. Une façon de renforcer l’alliance de circonstance créée pour faire face à la menace houthiste au Yémen, où l’Arabie a pu enrôler 33 pays derrière elle, contre la menace supposée représentée par l’aide iranienne aux houthistes.
En réalité, la guerre du Yémen est d’abord menée contre l’Arabie heureuse, ce pays de montagnards paysans, plus nombreux que toute la population de l’Arabie elle-même, rudes combattants, certes organisés en tribus et en confédérations, mais acquis à l’idée républicaine et qui ont montré depuis la révolution de 2011 l’aspiration de leur jeunesse à la démocratie. C’est la raison pour laquelle l’aviation des pays armés par la France écrase indistinctement sus les bombes toute la population yéménite : il s’agit d’anéantir, sous couvert de lutte contre la subversion extérieure, la menace constituée par l’exemple yéménite.
Dans ces soubresauts d’une puissance régionale qui se sent menacée, il ne faut voir aucune guerre de religion. D’un côté comme de l’autre, il ne s’agit que d’une Realpolitik qui s’appuie sur les ressorts qui marchent, la religion et ses oppositions sectaires dont l’origine est elle-même politique, entre Arabes et non-Arabes, ou bien les subsides distribués aux Etats africains faillis ou parias. Et c’est ainsi que l’Arabie se retrouve « alliée objective » d’Israël dans ce combat contre l’accord de Genève…
http://www.rfi.fr/emission/20160106-marc-lavergne-teheran-arabie-saoudite-estime-pas-vaincue-iran-coalition-rebelles
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