Observations « participantes » de Marc Lavergne chercheur au CNRS / An insider’s view about the course of events in the Middle East and the Horn of Africa

Les échecs des ONG humanitaires, une question tabou ?
20 septembre, 2015, 5:20
Classé dans : Action humanitaire

Article en ligne publié sur le site Grotius.fr, juillet 2015

Les échecs des ONG humanitaires, une question tabou ?

Marc Lavergne

Géographe

Directeur de recherche au CNRS

  1. Echec, erreur, tabou

Tentative de définition

A première vue, l’échec d’une opération humanitaire, c’est l’incapacité à atteindre l’objectif qui lui a été fixé. Elle peut être due à des erreurs imputables à l’ONG ; mauvaise évaluation des moyens à mettre en œuvre ou des difficultés à surmonter. Elle peut également être présentée comme imprévisible : évolution brutale et inattendue d’un conflit ou d’une catastrophe, dont l’ampleur ou la gravité oblige l‘ONG à se retirer. Ces échecs sont d’une conséquence variable, et il est donc impossible d’en dresser une liste exhaustive, même au niveau de chaque ONG ; il serait néanmoins précieux de pouvoir estimer leur évolution: c’est des échecs que l’on peut tirer les leçons qui permettent de progresser…

La question posée est donc double :

  • quels pourraient être les critères d’appréciation d’un échec ?

  • quelles sont les causes de ces échecs ? sont-ils évitables, dans quelles conditions ? sont-ils en diminution ou en augmentation relative ?

A y regarder de plus près, cependant, on peut se demander si la définition de l’échec est si simple : le retrait volontaire d’un terrain, pour ne pas contrevenir à la charte de l’ONG ou au DHI, est-il un échec ? Le changement de priorités d’une mission, pour mieux répondre aux conditions qui y prévalent, signe t-il un échec ? De même pour les accidents graves de sécurité qui frappent des volontaires…

Quant aux causes, elles sont souvent la résultante de multiples facteurs, qui vont d’une mauvaise appréciation de la situation (l’espace humanitaire) depuis le siège aux difficultés d’une équipe de terrain à faire face à des difficultés imprévues. Il est évidemment crucial de s’interroger sur ces échecs et de les analyser, surtout si l’on considère la montée rapide des niveaux de dangerosité auquel les ONG sont confrontées. C’est l‘exercice passionnant et précieux auquel s’est livrée l’équipe du CRASH à MSF avec l’ouvrage « Agir à tout prix ?» : avec la collaboration des acteurs de terrain, celui-ci reprend l’enchaînement des décisions et des situations qui ont conduit des opérations à l’échec. Si cet exercice de vérité permet d’explorer les contextes du moment et du lieu où ces interventions se sont déroulées ou ont échoué, il n’est cependant pas directement transposable, dans la mesure où le fonctionnement des missions de MSF présente un cas à part dans l’humanitaire français et même international, du fait de son indépendance à l’égard des bailleurs de fonds institutionnels.

En effet, dans d’autres ONG, l’échec peut être signifié par le bailleur de fonds, dont le couperet est toujours suspendu au-dessus de la tête de l’ONG : l’échec peut être là non pas de ne pas avoir réussi à remplir sa mission sociale, mais de ne pas avoir répondu aux attentes du bailleur de fonds, qui peuvent être différentes en quantité comme en qualité, des capacités ou des choix de l’ONG récipiendaire des fonds. Et a contrario, le succès peut se trouver réduit au renouvellement du contrat…

De l’échec au tabou

Pour en revenir à la question du tabou qui entourerait les échecs, on peut avancer qu’un échec n’est jamais un titre de gloire. Mais elle renvoie à 


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