Observations « participantes » de Marc Lavergne chercheur au CNRS / An insider’s view about the course of events in the Middle East and the Horn of Africa

Egypte d’Al-Sissi : le terrorisme, première menace ou ultime ressource ?
16 janvier, 2016, 10:41
Classé dans : CRISES ET CONFLITS MONDE ARABE,Egypte,GEOPOLITIQUE

Lettre d’Égypte, 2 janvier 2016

L’Egypte du « maréchal » al-Sissi : le terrorisme, première menace ou ultime ressource ?

En ce tournant de l’année 2015-2016, un sentiment de morosité flotte sur l’Égypte.  Il semble que l’effet Sissi se soit estompé : l’enthousiasme des débuts, de la part de ceux qui rejetaient l’emprise des Frères Musulmans sur l’économie et la société, s’est évanoui, et a laissé place à un sentiment de malaise et d’inquiétude.

 Il y a tout d’abord un problème de méthode : la brutalité du « maréchal »autoproclamé, sa radicalité face à toute manifestation critique, rappellent les pires heures des dictatures précédentes. Certains prétendent même que la situation des droits humains et des libertés publiques est pire que sous  Moubarak. En effet, avec 40 000 prisonniers politiques – qui sont loin d’être pour la plupart des activistes avérés, et d’être tous de la mouvance des Frères Musulmans -, l’Égypte bat ses propres records. D’autant que le nombre déjà impressionnant en lui-même, ne reflète pas la réalité des tortures et des humiliations systématiques, de l’absence de jugements, ou des procédures expéditives menées par des juges aux ordres.

D’une part, cette politique ne permet pas la réconciliation nationale et l’apaisement indispensables pour dégager les voies d’un avenir prospère et stable ; d’autre part, elle provoque un sentiment de rejet dans de larges couches de la société et risque de jeter la jeunesse  dans les bras de Daesh ou de nourrir les rebellions tribales des nomades bédouins  vivant sur les 90% désertiques du pays. On a ainsi l’impression que le pouvoir fabrique lui-même les opposants qui lui permettent de se légitimer et d’obtenir l’aide de ses alliés arabes ou occidentaux.

On peut se demander si cette politique du big stick n’est pas un effet de l’incompétence de l’armée à diriger le pays. Le temps est en effet passé, s’il a jamais existé, où l’armée égyptienne avait une certaine légitimité à prétendre gérer la société et l’économie égyptiennes. 


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