Les tribulations d'un géographe, d'un Orient à l'autre

Actu Soudan 2021-2022
31 mai, 2022, 23:45
Classé dans : CRISES ET CONFLITS MONDE ARABE,INTERVIEWS RADIO,SOUDAN

Sur RFI, le 30 mai 2022

https://www.rfi.fr/fr/afrique/20220530-quel-est-l-objectif-de-la-lev%C3%A9e-de-l-%C3%A9tat-d-urgence-au-soudan

Dans ce contexte, le dialogue politique demandé par la junte est-il réellement envisageable ? Rien n’est moins sûr pour le chercheur Marc Lavergne. Selon lui, cette annonce est plutôt destinée à la communauté internationale. « L’image du Soudan est gravement dégradée. Cette transition démocratique a échoué. Du coup, la crédibilité du Soudan sur la scène internationale ne lui permet pas d’obtenir les fonds dont il aurait besoin pou résoudre la crise économique et sociale. Donc il s’agit de faire un jeu de balance en montrant aux Occidentaux que le Soudan essaie de faire ce qu’il peut pour rentrer dans une sorte de légalité. »

Soudan : retour à la case départ ?

Marc Lavergne

https://esprit.presse.fr/actualites/marc-lavergne/soudan-retour-a-la-case-depart-43817

Révolutionnaires à Atbara en novembre 2019 (photo Abbasher)

 

Au Soudan, l’ouverture du pouvoir à la société civile et la démission du président Omar Al-Bachir n’étaient que des mesures de façade, destinées à cacher à la communauté internationale la violence d’un régime militaire qui bafoue les aspirations démocratiques du pays.

La démission d’Omar Al-Bachir, le 11 avril 2019, avait été provoquée par une crise économique et sociale aiguë. Mais celle-ci avait fourni aux officiers supérieurs de l’armée l’occasion de débarquer un président qui, sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, ternissait l’image du Soudan. Trente ans après son accession au pouvoir le 30 juin 1989, son intention de se représenter à l’élection présidentielle, certes de pure forme, d’avril 2020, leur semblait de ce fait peu souhaitable1. De plus, l’Égypte du maréchal Al-Sissi, tout comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, déjà contrariés par le soutien accordé par le régime aux Frères musulmans, s’offusquait de voir la Turquie, épaulée financièrement par le Qatar, s’apprêter à ouvrir un point d’appui stratégique dans la rade de Souakin sur la mer Rouge.

Un coup d’État derrière une révolution en trompe-l’oeil

Les manifestations de rue, à Khartoum et dans les villes du Soudan central, furent donc encadrées par des forces de sécurité dont la répression demeura mesurée. La jeunesse s’installa même en un joyeux et libérateur sit-in devant le quartier-général des Forces armées, auquel mit fin la journée terrible du 3 juin 2019, où les Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces, RSF) de Hemedti se livrèrent à un brutal massacre. Une intervention internationale ferme remit le processus de transfert du pouvoir sur les rails, et les Forces de la liberté et du changement, encadrées par les syndicats professionnels, reprirent dans la rue leur rôle d’« idiots utiles ». La Déclaration constitutionnelle d’août 2019, la nomination d’un Premier ministre civil en septembre, et celle en octobre d’un gouvernement en majorité composé de civils, avec un calendrier de transition de trente-sept mois vers la démocratie, pouvaient dès lors être considérées comme des concessions temporaires à la rue et aux Occidentaux.

Ces concessions se traduisirent par une mascarade constitutionnelle, avec la création d’un Conseil de souveraineté dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan, ancien bras droit d’Omer Al-Bachir, lui-même benoîtement confiné chez lui pour « raison de santé »2. Il ne s’agissait dès lors que d’attendre que l’enthousiasme de la rue s’épuisât, dans un scénario écrit à l’avance à destination des soutiens régionaux de l’armée, comme des bailleurs de fonds internationaux.

Après trente ans de dictature militaro-islamiste, il en eût fallu plus pour convaincre que les détenteurs du pouvoir s’étaient résignés à passer la main. L’alliance avec les civils imposée depuis Washington n’était qu’opportuniste, ceux-ci étant chargés de restaurer l’image du Soudan à l’étranger et de remettre l’économie à flots, sous la protection intéressée des militaires. Accessoirement, les civils devaient servir de paratonnerre face à une population épuisée et affamée, impatiente de voir les réformes se traduire par une amélioration de sa vie quotidienne.

Une révolution peut en cacher une autre

Si les militaires partageaient le pouvoir, ce n’était pas avec les civils, mais avec un troisième acteur qui se tenait en retrait : les RSF, héritières des Janjawid, dont les aînés avaient ravagé les villages du Darfour vingt ans auparavant, attendaient leur heure. Sous la houlette de leur chef Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, ces bandes recrutées au Darfour ont fait irruption dans la capitale, à mille kilomètres de leurs bases : une entrée fracassante dans le nouveau jeu de pouvoir à Khartoum, rompant le face-à-face entre le peuple et l’armée, récurrent depuis l’indépendance… Ces supplétifs locaux, recrutés initialement pour opérer un nettoyage « ethnique » des campagnes du Darfour au profit de tribus « arabes » moins bien loties en terres et en eau, ont désormais pour objectif de mettre la main sur l’ensemble du pays, en s’appuyant au besoin sur des puissances étrangères.

Une irruption qui, en arrière-plan, tend à renverser le traditionnel déséquilibre entre le centre et les périphéries du pays : l’affrontement séculaire entre « civilisation » et « barbarie », « islam » et « paganisme », « arabité » et « africanité », confirmant l’analyse de l’affrontement cyclique entre badawa (bédouinité) et hadara (sédentarité) par Ibn Khaldûn au xive siècle.

Des civils désarmés, mais surtout désunis

L’équilibre instable de ce jeu à trois des premières années de la « transition démocratique » a rapidement évolué au détriment des civils. Ceux-ci ont en effet accompli la mission qui leur était implicitement impartie : masquer la réalité des enjeux de pouvoir aux yeux de la « communauté internationale », c’est-à-dire de l’Occident, et obtenir la levée des sanctions internationales héritées de l’ère Al-Bachir. Elle fut obtenue à grands frais, puisque la reconnaissance forcée de l’État d’Israël a été un « baiser de la mort » aux yeux de l’opinion publique, non pas tant à cause d’une hostilité de principe qu’en raison de cette atteinte à la dignité du peuple soudanais, contraint à s’y soumettre par un chantage financier.

L’ouverture des vannes financières internationales et l’appel aux investisseurs étrangers ont indiqué aux militaires que les civils avaient rempli leur feuille de route, grâce aux efforts du Premier ministre, Abdallah Hamdok. L’histoire jugera de la responsabilité de ce personnage intègre et compétent, dans l’échec de la « transition démocratique » qu’il a incarnée. Il n’aura en tout cas pas pu empêcher, à son corps défendant, la société politique soudanaise de réveiller ses vieux démons.

Une maturité politique qui se retourne contre ses acteurs

Le soulèvement de décembre 2018 avait surpris les observateurs par la maturité de ses revendications et par sa capacité organisationnelle dans un pays dévasté. Ces qualités avaient permis à l’insurrection populaire de tenir bon face à la répression, en exprimant une réalité méconnue : l’ancienneté et la solidité de l’aspiration démocratique au Soudan.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la société soudanaise s’est dotée du plus large et plus vivace éventail politique d’Afrique et du monde arabe : confréries religieuses et partis d’idéologie progressiste ou conservatrice, religieuse ou laïque, ont trouvé, dans cet ensemble humain composite et ouvert, un terrain d’affirmation, de débat et de confrontation. Ce n’est pas un moindre sujet d’étonnement que de découvrir qu’une fois levée la chape de la dictature, sont réapparues, y compris dans la jeunesse, des affiliations et des espérances que l’on dit ailleurs surannées ou obsolètes. Ces forces étaient déjà resurgies lors d’intifadas populaires, comme en octobre 1964 contre le maréchal Abboud, ou en avril 1985 contre le maréchal Jaafar Nimeiri.

Mais leurs divisions, leur manque de capacité décisionnaire et la transcendance des liens sociaux sur les affiliations idéologiques ont constamment conduit à l’échec rapide des expériences démocratiques. Les coups d’État militaires, dans les deux cas précités, n’ont ainsi été qu’une réponse à une demande des dirigeants civils en situation de blocage né de leur désunion.

Le coup d’État fondateur du régime d’Omar Al-Bachir avait été d’essence quelque peu différente : une force politique particulière, hors du système, le Front national islamique de Hassan Al-Tourabi, en avait été l’instigatrice. Ce mouvement radical et moderniste n’avait pas tant pour but de ramener le peuple à la « vraie foi » que de le contraindre à se « moderniser » : comme me le confiait Hassan Al-Tourabi lors de nos échanges, avant comme après le coup d’État, son but était de mobiliser un peuple qu’il jugeait « arriéré » et « paresseux ». Il voulait lui insuffler le goût de l’effort et l’appât du gain, un objectif auquel il conférait une valeur spirituelle. Un modèle d’économie ultralibéral, où l’islam était réduit à un rôle de légitimation et de coercition sociale : ce régime de « salut public », instauré en juin 1989, n’avait d’ailleurs pas tardé à sombrer dans la corruption et l’accaparement glouton des ressources par une poignée d’arrivistes, vite rejoints par la hiérarchie militaire.

Une culture de la résilience

La société politique soudanaise a néanmoins étonnamment survécu à ces trente années de répression impitoyable, de torture, d’embrigadement, de prison et d’exil. Et le soulèvement général déclenché en décembre 2018 perdure aujourd’hui, en dépit des massacres de manifestants. L’association des syndicats professionnels des cadres de la société, fonctionnaires, ingénieurs, médecins, enseignants, juges et avocats, a toujours réussi à sauvegarder son autonomie, par-delà les clivages opposant islamistes et laïcs : des îlots de liberté, hérités du modèle anglo-saxon. Pour la jeunesse, qui a grandi sous la contrainte, ce sont les Forces de la liberté et du changement qui ont encadré et animé ce « printemps de Khartoum », qui a vu se libérer la parole et l’expression créatrice.

Mais si les Soudanais sont des adeptes du débat, ils sont souvent moins enclins à la discipline et à la prise de décision, à l’exception de ces deux mouvements révolutionnaires, opposés mais symétriques : les islamistes et les communistes. À l’exception également des peuples des périphéries, loin de la vallée du Nil et des corridors marchands entre l’Afrique noire et la Méditerranée, aux confins de l’Abyssinie, dont les collines boisées bordent le Nil Bleu, ou sur les collines escarpées des monts Nouba, qui surgissent de l’immense plaine du Kordofan. Ces deux réservoirs séculaires d’esclaves demeurent rétifs à l’arabisation comme à l’islamisation, et suspicieux à l’égard des mouvements qui secouent la société urbaine du Centre.

Quant au lointain Darfour, antique sultanat marchand qui ne fut définitivement placé sous la tutelle de Khartoum qu’en 1916, il reproduit à son échelle la situation du pays, avec un rapport historique centre-périphérie inversé : une quinzaine de peuples « africains » non métissés, ayant conservé leur langue et leurs coutumes, occupaient historiquement le centre politique et géographique de la région, sur les flancs et aux abords du massif montagneux qui en forme l’épine dorsale, tandis que les tribus nomades arabisées et islamisées qui les entouraient se trouvaient en situation vassale.

L’ultimatum des périphéries

L’équilibre instable et la fluidité qui régissent la relation entre ces éléments qui constituent la nation soudanaise dans sa diversité, ont resurgi en force à l’occasion de la présente révolution.

L’heure du règlement des comptes entre groupes dominants comme dominés semblait avoir sonné, avec une bonne volonté affichée de part et d’autre, d’autant que l’exemple désastreux de la sécession du Soudan du Sud en 2011 semblait avoir servi de leçon. Malheureusement, autour d’un Premier ministre accaparé par la réintégration du Soudan sur la scène internationale, la question fondamentale du rapport entre le centre et la périphérie n’a pas été traitée. L’amertume des mouvements rebelles face à l’indifférence du gouvernement central devant leurs revendications, ou devant l’absence de mesures en faveur des peuples persécutés et devant l’insécurité grandissante due aux groupes armés, a sapé le capital de confiance dans la « transition ».

Si la « Déclaration constitutionnelle » d’août 2019 avait pour but d’amadouer la communauté internationale, avec ses proclamations en faveur de la femme et de la liberté religieuse, l’accord de paix de Juba, signé avec la plupart des mouvements rebelles en octobre 2020, est venu trop tard et a déçu les attentes.

Les monts Nouba offrent un parfait contre-exemple au fonctionnement du gouvernement central : les Nouba, un terme générique pour une cinquantaine de petits peuples distincts, refoulés par les nomades alentour, ou repliés là en quête de terres fertiles et bien arrosées, font preuve d’une unité et d’une solidarité impressionnantes. Mobilisés durant vingt ans aux côtés des Sudistes dans la lutte de ceux-ci pour l’indépendance, ils exigent obstinément, comme préalable à tout règlement, la séparation de la religion et de l’État au niveau national. Musulmans, animistes et/ou chrétiens, ils affichent leur détermination à s’opposer, les armes à la main, à toute nouvelle tentative de les réduire, traitant désormais de « mulâtres » les Soudanais « métissés » de culture arabo-musulmane.

Au Darfour, le gouvernement de la transition a été incapable de résoudre la situation héritée de l’effroyable répression de 2003-2006 : le Sudan Liberation Movement (SLM), qui lança la rébellion armée, compte encore quelques combattants dans le massif du djebel Marra, et il a également refusé l’accord de paix de Juba. Quant aux deux autres mouvements armés, le SLM-Minnawi, du nom de son chef, une scission du SLM initial d’Abdel Wahid Mohamed Nour, comme le Justice and Equality Movement (JEM) de Jibril Ibrahim, ils ont tous deux signé l’accord, en échange de sièges au Conseil de souveraineté, organe suprême de la transition, et de postes ministériels de premier plan3.

Mais la situation sur le terrain ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Les conflits pour la terre, liés au retour des déplacés entassés depuis vingt ans dans des camps et au sort des occupants installés à leur place, ont à plusieurs reprises dégénéré en massacres et en règlements de comptes interethniques.

Cavaliers seuls au Darfour

De plus, le Darfour est le berceau des RSF, chargés officiellement de contrôler les frontières, ce qui leur a donné accès aux ressources des migrants, des trafics en tous genres et désormais le contrôle des mines d’or de ce nouvel Eldorado. Ils sont désormais « légalisés », voire source de légalité : leur chef, Hemedti, est devenu le deuxième personnage le plus important de l’État, dont il bafoue impunément les règles en exportant son or directement à Dubaï, par avion, sans contrôle ni taxation4. Mieux, c’est lui qui a été l’artisan de la reconnaissance d’Israël. L’homme-lige des bailleurs de fonds du Golfe, qui ont fait sa fortune en lui « achetant » des mercenaires pour servir de chair à canon au Yémen, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Ce condottiere d’origine modeste est devenu le prestataire de la Russie, organisant le passage du groupe Wagner par le Darfour, entre Libye et République centre-africaine. À cheval entre le Tchad et le Soudan, on se demande encore où s’arrêtent ses ambitions. Les RSF, devenues son armée privée, sont mieux entraînées, mieux armées et mieux payées que l’armée régulière, et surtout, comme leur chef, ils n’ont pas de sentiments d’ordre patriotique ni de contraintes juridiques. Après le Yémen, ils combattent aujourd’hui dans les rangs du maréchal Haftar en Libye, tandis que d’autres, issus des groupes islamistes, comme le JEM, combattent dans le camp du gouvernement « légal » de Tripoli. Ces recrues – ironie de l’histoire – sont souvent recrutées dans les camps de déplacés du Darfour – des enfants des camps, dont les parents ont été pourchassés ou massacrés par ce même Hemedti, considéré aujourd’hui comme leur bienfaiteur5 !

Le JEM est ainsi l’héritier de la pensée de Hassan Al-Tourabi, pour lequel l’agenda islamiste du Soudan serait repris par les forces nouvelles issues des périphéries : un islam des marchands, résolument ouvert sur le monde, entrant en compétition directe avec les intérêts occidentaux, tandis que Hemedti, encore au stade de l’accumulation du capital, cherche sa voie, sans aucun souci de l’avenir du Soudan et de son peuple, mais ouvert aux nombreuses opportunités qui s’offrent à lui sur ces terres du Sahel qui lui sont familières.

***

L’inversion du rapport entre centre et périphéries qui s’opère au Soudan est donc engagée, derrière les convulsions d’une transition démocratique condamnée. Elle signe l’épuisement de l’antique civilisation agraire centrée sur la vallée du Nil. Celle-ci s’efface au profit d’élans vitaux plus en phase avec la mondialisation : l’effondrement de l’État au bénéfice de forces économiques incontrôlées, et l’appel, si nécessaire, à un islam du business (et non pas des marchands), désincarné et déconnecté des réalités sociales, conçu comme un simple instrument de régulation autoritaire. Le Soudan constitue de ce point de vue un pendant à méditer des ruptures à l’œuvre dans l’ensemble des sociétés sahéliennes aujourd’hui.

 

  • 1. On peut voir là un remake de la révolution du 25 janvier 2011 au Caire, où l’armée, à la suite d’un processus complexe, parvint à se débarrasser de Hosni Moubarak qui, après trente ans sur le siège présidentiel, envisageait de transmettre son pouvoir à son fils Gamal : celui-ci, lié aux jeunes affairistes du parti au pouvoir, menaçait l’accès aux prébendes de la caste des officiers supérieurs. Et, à l’issue du coup d’État de juillet 2013, le maréchal Al-Sissi parvint à se débarrasser de toute opposition, à commencer par l’élimination physique des Frères musulmans, première force politique du pays, tout en conservant le soutien occidental.
  • 2. Le transfert à La Haye de ce responsable suprême du massacre de 300 000 civils, et du déplacement forcé de plus de 2 millions de personnes, fut prestement remplacé par une réprimande pour le coup d’État militaire par lequel il était arrivé au pouvoir – et qui n’avait donné lieu à aucune effusion de sang – et pour quelques centaines de milliers de dollars retrouvés sous son matelas.
  • 3. Minni Minnawi occupe un siège au Conseil de souveraineté, tandis que Jibril Ibrahim est ministre des Finances : les hommes d’affaires de leur groupe ethnique, les Zaghawa, ont pris en quelques décennies le contrôle de l’économie marchande du Soudan.
  • 4. Le Soudan est devenu le deuxième producteur d’or sur le continent africain, après l’Afrique du Sud.
  • 5. La solde d’un mercenaire atteindrait 1 000 dollars par mois (un pactole !), versés à sa famille.

Marc Lavergne

Géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient arabe et de la Corne de l’Afrique. Directeur de recherche au CNRS.

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Soudan : temps d’arrêt ou nouveau départ ?

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Marc Lavergne, Invité international  sur RFI, le 3 janvier 2022 ( par Jean-Baptiste Marot)

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-international/20220103-d%C3%A9mission-du-premier-ministre-soudanais-il-a-manqu%C3%A9-de-caract%C3%A8re-pour-s-imposer-face-aux-militaires

Démission du Premier ministre soudanais: « Abdallah Hamdok était maintenant pris entre deux feux »

https://s.rfi.fr/media/display/ff0a1f42-6ca3-11ec-9ece-005056bf30b7/w:1024/p:16x9/AP22002487471579.webp

Après une nouvelle journée de mobilisation contre la confiscation du pouvoir par les militaires, le Premier ministre Abdallah Hamdok, visage civil de la transition au Soudan, a annoncé sa démission dimanche 2 janvier, plus de deux mois après un coup d’État suivi d’une répression qui a fait 56 morts dans le pays. Qu’est-ce que cela préfigure pour le pays ?

Abdallah Hamdok était considéré comme un « traître » par les manifestants pro-démocratie depuis qu’il avait accepté de revenir à son poste le 21 novembre dernier, moins d’un mois après le coup de force du général Abdel Fattah al-Burhan. Depuis l’indépendance du Soudan il y a 65 ans, les manifestants le clament : ils ne veulent « ni partenariat, ni négociation » avec l’armée. L’analyse de Marc Lavergne, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique.

RFI : Cette démission était écrite, depuis qu’Abdallah Hamdok a accepté de reprendre son poste, un mois après le coup de force du général, ou bien c’est une surprise ?

Marc Lavergne : Je crois que c’était attendu, dans la mesure où Abdallah Hamdok était maintenant pris entre deux feux, entre la rue qui refusait toute suggestion par rapport aux militaires et qui voyait que cette transition n’aboutissait à rien, puisque le pays ne s’était pas redressé sur le point économique et que les militaires étaient toujours là avec une chape de plomb qui contrôlaient d’une part la vie économique et d’autre part la vie politique. Il y a eu des manœuvres qui ont permis aux militaires de récupérer certains groupes rebelles de leur côté, de faire ressortir les islamistes de l’ancien régime et de leur redonner une place, ainsi que les vieux partis politiques assez démonétisés comme le parti Oumma.

Donc, Il y avait une sorte de cul-de-sac dans lequel se trouvait le Premier ministre et il a tiré cette conclusion, en jetant l’éponge, ce qui était attendu depuis le début car il avait accepté de servir de vitrine aux militaires pour finalement donner, à cette révolution soudanaise, une image très positive en Occident et donc obtenir que soient levées des sanctions, que l’argent revienne mais au détriment finalement de la population (…)

 

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24 pctobre 2021, RFI Invité Afrique

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-afrique/20211024-marc-lavergne-le-gouvernement-de-transition-soudanais-est-menac%C3%A9

«Le gouvernement de transition soudanais est menacé»

Alors que le Soudan a été ces derniers jours le théâtre de manifestations massives, entretien avec Marc Lavergne, chercheur au CNRS. (par Alexandra Branjeon)

Au Soudan, des centaines de milliers de personnes ont défilé jeudi 21 octobre dans plusieurs villes du pays, en soutien au gouvernement civil du Premier ministre Abdalla Hamdok. De leur côté, des milliers de partisans du pouvoir militaire observent un sit-in depuis plus d’une semaine devant le palais présidentiel.

 

https://s.rfi.fr/media/display/2c71c81c-3483-11ec-bc51-005056bf30b7/w:1024/p:16x9/2021-10-21T182417Z_977001137_RC2EEQ9XHQRK_RTRMADP_3_SUDAN-POLITICS.webp

Jeudi 21 octobre 2021, des manifestants ont défilé dans la capitale soudanaise et dans tout le pays pour soutenir le gouvernement civil du premier ministre Abdalla Hamdok, contre les militaires. Khartoum. © REUTERS – MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

 

RFI : Il y a quelques jours, on a vu des centaines de milliers de Soudanais défiler dans les rues en soutien au gouvernement d’Abdallah Hamdok. Pourquoi cela ?  Le gouvernement est-il menacé ?

Marc Lavergne : Oui. Le gouvernement est menacé de différentes manières. D’abord, cette transition démocratique qui dure depuis plus de deux ans n’a pas apporté tout ce qui en était attendu par la population, en matière en particulier de ressources et de bien-être. D’un autre côté, la transition est menacée par des forces externes, d’après ces manifestants, par les militaires qui sont partie prenante de la transition, mais aussi par des différences internes.

Par des militaires… Quels sont les signes de cette menace ?

Il y a eu un coup d’État qui a été mené le 21 septembre dernier par des groupes qui ne sont pas encore identifiés, mais en tout cas issus de l’armée. Puis, il y a le fait que les militaires eux-mêmes, ou en tout cas leur chef, le président du Conseil de souveraineté, qui a déclaré qu’il n’était pas satisfait du gouvernement des civils qui n’avait pas apporté les résultats qu’on en attendait, c’est-à-dire en particulier une restauration de l’économie du pays.

En effet, les civils accusent les militaires de vouloir saboter cette transition. Pourquoi ?

Je pense que les militaires n’ont jamais été vraiment sincères dans cette transition démocratique. Ils sont issus de l’ancien régime. C’étaient tous des gens qui ont servi sous le général Omar el-Béchir. Ça, c’est une chose. Et puis l’autre chose, c’est qu’ils sont soutenus par des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et puis l’Égypte du maréchal [Abdel Fattah] al-Sissi qui ne sont pas des démocraties et qui ne souhaitent pas voir un pouvoir démocratique s’installer au Soudan (…)



Sélection d’interventions media en 2019

 

Journal du dimanche  : Au Soudan, les femmes en tête de cortège

https://mail.google.com/mail/u/0/#sent/KtbxLzflgVJXtJkshBvqkrWfSzkNWfJmSq?projector=1&messagePartId=0.1

18/02/2019 : https://www.liberation.fr/planete/2019/02/18/turquie-vers-l-afrique-et-au-dela_1710136

31/01/2019 : RFI  Soudan http://www.rfi.fr/emission/20190131-soudan-avoir-tentative-sauver-regime-ecartant-president

23/01/2019 : KTO Yémen  http://backend.ktotv.com/video/00254793/ymen-terrain-de-guerre-des-puissances-rgional

21/01/2019 Quotidien La Croix  https://www.la-croix.com/Monde/Afrique/Le-mouvement-contestation-faiblit-pas-Soudan-2019-01-21-1200996869

11/01/19 : Le Monde Afrique https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/01/11/soudan-omar-al-bachir-s-accroche-au-pouvoir-car-c-est-son-assurance-vie_5407667_3212.html

 



Un choix d’interventions média en 2018 :

14 octobre 2018 : https://www.france24.com/fr/20181014-erythree-ethiopie-reconciliation-paix-nouvel-exode-refugies-camp-frontieres

4 octobre 2018 : RFI, émission Décryptage, Soudan du Sud : la guerre la plus meurtrière du monde ; http://www.rfi.fr/emission/20181004-soudan-sud-guerre-cours-plus-meurtriere-monde

20 septembre 2018 : France -Culture, émission Enjeux internationaux,  Soudan du Sud  : la paix en vue ?

https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/soudan-du-sud-nouvel-accord-de-paix-signe-sous-la-pression

12 aout 2018, RFI, émission Géopolitique par Chantal Lorho, avec Hala Kodmani et nabil Ennasri : Un an après l’accession au pouvoir de Mohamed ben Salman en Arabie Saoudite :
www.rfi.fr/emission/20180812-arabie-saoudite-bilan-salman-qatar-canada-hariri-femmes

Juillet 2018 : Africa n°1, émission Le grand débat, avec Mohamed Nagi et Michel Raimbaud, sur les perspectives de paix au Soudan du Sud

Juillet 2018 : TV 5 Monde, émission Info Afrique : https://information.tv5monde.com/afrique/l-erythree-beaucoup-gagner-d-un-rapprochement-avec-l-ethiopie-247629

12 mai 2018 : RFI, invité Afrique :http://www.rfi.fr/emission/20180512-soudan-sud-situation-humanitaire-est-catastrophique

6 avril 2018 : Emission Africa, sur RFI en langue anglaise : New port projects in Red Sea corridor for Sudan, Somaliland as Arab backers jostle for position :

http://en.rfi.fr/africa/20180406-new-port-projects-red-sea-corridor-sudan-somaliland-arab-backers-jostle-position

7 février2018 : France Culture, émission Culture Monde : Les monarchies modernes : De Qabous à Ibn Salmane, les défi de la succession

https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/culturesmonde-du-mercredi-07-fevrier-2018

20 janvier 2018 : RFI, Invité Afrique : Le Soudan manque de ressources  »

http://www.rfi.fr/emission/20180120-marc-lavergne-soudan-manque-ressources



Jeu d’échecs sur la mer Rouge

Marc Lavergne ce mercredi 28 mars sur RFI en anglais : Le Qatar et le Soudan montent en gamme dans leur vieille alliance contre l’Arabie Saoudite, qui devient un ménage à trois avec la Turquie, autour de la cité portuaire historique de Suakin.

Il s’agissait naguère de prendre en tenailles l’Arabie saoudite, à l’époque (1992) où Ben Laden avait installé Al-Qaida à Tokar, dans le delta du Gash, et où Al-Jézira lançait sa révolution médiatique (1996) contre la forteresse saoudienne. En 2006 encore, lorsque j’intervenais à l’ONU au nom du groupe d’experts du Conseil de sécurité pour le Darfour, c’est le délégué du Qatar, à l’époque membre non-permanent, qui défendait avec virulence – et compétence – le dossier soudanais, dont les diplomates l’attendaient à la porte.

On rejoue donc la partie, avec la concession de Suakin à la Turquie et au Qatar. Mais la donne a changé : la mer Rouge devient un enjeu régional et global, avec d’abord les projets de Sissi sur le canal de Suez, puis de l’Arabie saoudite avec le projet Vision 2030 au Nord, et en dernière date le projet égypto-saoudien à l’entrée du golfe d’Aqaba, qui intègre Israël et la Jordanie dans une alliance contre toutes les « forces du mal » : le Hamas  le Hezbollah et l’Iran et leurs supporters susnommés.

Pour le Qatar, il s’agit de rendre la monnaie de sa pièce à l’Arabie et à ses alliés en développant une stratégie offensive, aux portes de La Mecque qui plus est; pour la Turquie, de chausser les bottes de l’empire ottoman de la mer Rouge à l’océan Indien et jusqu’en Afrique du Sud, comme l’avait fait avec succès le mouvement de Fethullah Gülen. Rappelons que le port oublié de Suakin sous contrôle ottoman fut pendant des siècles et jusqu’à la fondation de Port-Soudan par les Britanniques en 1905, le port d’embarquement des pèlerins de toute l’Afrique sahélienne vers Jeddah, et que l’idée qu’il puisse devenir une porte d’entrée de la Turquie sur le continent africain a une certaine résonance de part et d’autre.

Le Yémen garde sa place, confuse, dans ces stratégies, car personne ne sait comment se dénouera l’écheveau…Mais le soutien opportuniste du Soudan à l’ alliance saoudo-émirienne paraît comme ce qu’il était :  de la poudre aux yeux, un appeasement nécessaire mais temporaire. Quant à la relation égypto-soudanaise, elle devient carrément exécrable.

La France et ceux qui, comme elle, ont cru pouvoir ménager la chèvre et le chou, Arabie, Emirats et Qatar d’un côté, Egypte et Soudan de l’autre, selon la bonne vieille formule que toutes les dictatures sont bonnes à prendre, et en tous cas meilleures que les démocraties, pour le business et les ventes d’armes, risquent de se trouver « embarrassées ». Tant pis pour elles, de toutes façons elles ne pèsent plus dans ce « Grand jeu » qui leur échappe.

 

https://www.dailysabah.com/africa/2018/03/26/sudan-qatar-ink-4-billion-deal-to-develop-suakin-seaportMarc



RFI Appels sur l’actualité Partenariat Egypte/Arabie Saoudite

Réponse à la question d’un auditeur de Côte d’Ivoire le 9 mars 2018

Visite du prince Mohamed bin Salman au Caire et engagement sur l’intégration régionale autour de projets de développement

Délicat d’aborder ces sujets sur une chaîne publique française à diffusion internationale : l’Arabie Saoudite et l’Egypte sont nos deux principaux « partenaires » comme on dit pudiquement, dans la région, c’est-à-dire nos plus gros clients, et donc au sens propre, nos « donneurs d’ordres ».

Les mirages d’une mondialisation « hors sol »

De quoi s’agit-il ? D’un nouveau volet du projet « Vision 2030″ de MBS : la « mise en valeur » du littoral saoudien au nord de la mer Rouge, une région désertique et excentrée que j’avais parcourue en 1981 dans le cadre d’une mission du ministère saoudien de l’agriculture et des eaux, pour la modique somme de 500 milliards de dollars.

Concrètement, ce projet NEOM, qui n’a été précédé d’aucune étude sérieuse de faisabilité, ni technique, ni économique ou financière, vise à dégager  un nouvel horizon pour l’Arabie Saoudite, pour tenter de sortir sans trop de casse de l’ère du tout-pétrole. Ce projet mirifique, à dominante touristique, prévoit  une extra-territorialité attractive pour les investisseurs industriels et technologiques : il s’agit  d’attirer des financements internationaux qui donneront ainsi une assurance-vie à l’Arabie, et plus spécifiquement à la famille régnante.

Pour étoffer le projet et le rendre plus crédible (le délai de 12 ans jusqu’à sa mise en route est si illusoire qu’on s’étonne qu’aucun commentateur ne l ‘ait relevé), MBS se rend dans l’ Egypte de Sissi, elle aussi toujours en quête de chimères pour sortir du marasme. Non pas pour trouver des fonds, bien sûr, puisque l’Arabie est le banquier de l’Egypte, client insolvable, mais pour le coupler avec un micro-projet égyptien du même ordre. Depuis Sadate, les gouvernements égyptiens ont abandonné l’idée de développé leur pays à partir de la vallée et du delta, où se trouve la population, les campagnes et les villes engorgées et ingérables.

En quête de « nouvelles frontières »

Les déserts et les côtes sont désormais les « nouvelles frontières » d’une Egypte retournée comme un gant. Moubarak s’était installé à demeure à Charm el Cheikh, au Sinaï, après en avoir chassé la population bédouine, et en avait fait sa capitale diplomatique.

Aujourd’hui, après avoir donné à l’Arabie deux îles qui verrouillent l’entrée du golfe d’Aqaba, Tiran et Sanafir, en dépit d’un baroud d’honneur de la Cour Suprême égyptienne et l’offuscation des Egyptiens, Sissi sort de sa casquette la création d’un fonds d’investissement de 10 milliards de dollars, destiné à financer un projet de développement sur un périmètre de 1000 km2 face à la rive saoudienne du détroit de Tiran. Il s’agit de créer une zone franche internationale destinée à accueillir les paquebots de croisière, et toutes les nouvelles lunes de la nouvelle économie : énergies renouvelables, écotourisme, biotechnologies, lors d’une première phase à démarrer début 2019 pour une entrée en activité en 2022. Pour cocher toutes les cases, on y a joint la protection des coraux, mais aussi, pour rester sérieux et crédible, la construction de cinq palais.

Derrière ces fadaises, qui font suite au « doublement » du canal de Suez, inauguré naguère en présence du président français François Hollande, ou à la mise en valeur agricole annoncée de 700 000 feddan (environ 300 000 ha) de désert dans la dépression de Farafra, projets mirifiques dont on n’entend plus parler, il y a un vrai projet géostratégique.

La « Sainte Alliance « 

Tous contre l’Iran

Derrière ces projets se profile en effet la nouvelle alliance qui vise à dessiner la nouvelle carte du Moyen-Orient : avec Israël et la Jordanie, ces quatre pays forment le socle de la résistance à l’avancée iranienne dans la région. L’alliance entre Israël et l’Egypte est déjà  depuis longtemps – avec l’intermède de la présidence Morsi  – le pilier de la survie de l’Egypte, sous la houlette américaine, qui entretient financièrement les deux armées. Et la Jordanie est gérée directement depuis Tel Aviv et Washington. L’élément nouveau est l’engagement ouvert de l’Arabie Saoudite aux côtés d’Israel dans le « containment » et la déstabilisation de l’Iran.

Ces projets de développement sont certes le fait de dirigeants ineptes en ce qu’ils s’illusionnent (ou pas ?) sur les capacités de leurs pays et ignorent les attentes de leur population ; mais ils sont assez cohérents avec ce manque d’intérêt en ce qu’ils misent sur un redressement économique sans effort et sans réformes structurelles du fonctionnement de l’Etat et de la société : « tout changer pour que rien ne change ».

Kill Dubai !

J’y vois également, avec la localisation de ce projet à l’entrée du canal de Suez, à un emplacement privilégié sur une artère vitale du commerce internationale, l’intention de marginaliser Dubaï en la concurrençant sur son terrain. Dubai a jusqu’à présent mené la course en tête de la mondialisation économique. mais elle est située sur une mer fermée. Par ailleurs, son succès attise jalousie et rancœur, car elle a le défaut d’être attractive par sa permissivité contrôlée, d’offrir un modèle de réussite, de faire contrepoids à Abou Dhabi et surtout d’être le poumon de l’Iran.

Derrière la Sainte Alliance contre l’Iran, on perçoit donc toutes les implications de ces projets que le prince MBS concocte avec les stratèges de Trump et de Netanyahu : « règlement » de la question palestinienne par l’élimination du Hamas et des Frères Musulmans partout où ils constituent une menace, imposition d’un protectorat sur le Qatar et le Yémen, comme c’est le cas du Bahrein…

Reste la Chine et ses nouvelles « routes de la soie » : elle reste discrète mais peut être intéressée à jouer les « pousse au crime » en prêtant les fonds nécessaires, en tablant sur leur échec pour récupérer sa mise sous forme de cessions et de concessions de toutes sortes, à commencer par le pétrole et ses infrastructures : un remake de la dette ottomane, qui permit aux puissances européennes de démanteler l’empire ottoman à la fin du XIXème siècle. L’Arabie Saoudite a déjà décidé de céder 5 % de l’Aramco pour entamer le financement de ses projets…

 

 

 



RFI Appels sur l’actualité

Deux réponses de Marc Lavergne à des auditeurs  de Côte d’ivoire ces jours-ci :

28 février : Egypte/Ethiopie : le barrage de la colère : en bref, l’Egypte ne peut pas s’opposer à la construction de ce barrage, déjà bien entamée, et ne peut qu’espérer obtenir un étalement de la mise en eau de quelques années. Mais ce barrage ne réduira pas son alimentation en eau, puisque l’objectif premier sera la production hydroélectrique. A plus long terme, mais personne ne l’évoque à voix haute, il est certain que l’Ethiopie se servira de ce barrage pour développer des projets hydro agricoles sur les basses terres frontalières du Soudan. En avril 2010, j’avais rendu visite aux ingénieurs éthiopiens, soudanais et égyptiens qui travaillaient ensemble  sur les projets d’aménagement du Nil Bleu dans leurs bureaux d’Addis Abeba, alors que la tension montait déjà à la perspective de la construction de ce barrage dit à l’époque du Millénaire.

Il n’y a cependant aucun risque de voir les tensions déboucher sur un conflit armé : les deux pays n’ont pas de frontière commune, l’Egypte ne manque pas d’eau, elle a plutôt un excédent depuis la construction du haut barrage d’Assouan, et elle en gaspille la plus grande partie, en usages urbains, en surirrigation et en tentatives de colonisation de terres désertiques. Mais la population égyptienne est aujourd’hui en majorité urbaine, l’extension des surfaces urbanisées réduit la surface agricole disponible, et gêne le fonctionnement des systèmes d’irrigation et de drainage.  L’Egypte survit grâce à quatre rentes : le tourisme, les envois des émigrés, les hydrocarbures et le canal de Suez. Ces rentes ont en baisse tendancielle, car mal gérées ou victimes de l’incurie et de l’incompétence des gouvernements successifs ; donc l’Egypte vit de la charité internationale, motivée par la crainte de la voir basculer dans le chaos.

Le conflit avec l’Ethiopie provient donc bien plus d’un sentiment égyptien d’humiliation face au changement de rapport de force avec ses voisins d’amont, qui s’inscrit dans un sentiment plus général d’impuissance et de déclin. Sentiment de frustration face à la montée en puissance économique de l’Ethiopie, crainte de voir celle-ci la concurrencer dans le cœur des Américains, bien installés désormais à Djibouti, comme gardienne de la région ? Crainte de voir celle-ci s’allier avec le Soudan hostile et de voir un front africain des riverains du Nil contrarier ses rêves d’hégémonie ? Il est loin le temps où le pape copte d’Alexandrie nommait, jusqu’aux années 70,  l’abuna et le haut clergé éthiopien…L’Egypte espère désormais son salut de l’alliance stratégique avec Israël et avec les monarchies du Golfe contre l’Iran, dans laquelle elle joue les utilités en entretenant l’illusion d’une armée puissante. Cela transparaît même dans l’aménagement de son territoire, où la vallée au sud du Caire est abandonnée à elle-même, à l’exception de quelques sites touristiques, tandis que tous les projets de développement sont centrés sur les rivages désertiques et le canal de Suez.



L’abandon de la population du Darfour, une nouvelle infâmie de l’ONU ?

Et une nouvelle stupidité de l’Europe ? ou l’inverse ? A mettre en relation avec la récente visite de  Le Drian, ministre de l’Afrique, à Khartoum, pour demander l’aide de Béchir pour empêcher les migrants de venir nous embêter. Contre quoi ? Mystère…

Un autre  Breton, Charles Josselin, ministre de la Coopération – c’est à dire de la prédation  de l’Afrique et du détournement des fonds publics français par des entreprises françaises en mal de contrats faciles -, me déclarait il y a une vingtaine d’années en aparté, après une émission sur le jihad dans les monts Nouba : « Ces Soudanais sont musulmans à 70 %, ils ont bien le droit d’avoir un gouvernement musulman ! ». Béchir et Tourabi à l’époque abritaient Ben Laden et tout l’appareil d’Al Qaida, Pasqua dealait Carlos avec les services du régime qui allaient tenter, l’année suivante, d’assassiner Moubarak…

Aujourd’hui on compte sur les mêmes pour sauver la Françafrique, avec toutes nos colonies du Tchad au Mali, bien mal en point avec nos Bat d’Af’ qui campent sur place depuis plus d’un siècle, face à des voyous des sables armés par Khartoum… Trop malins, les Français !

Pour en revenir aux Bretons, anciens colonisés de l’intérieur, je me demande s’il n’y aurait pas un intérêt à relancer la recherche anthropologique sur la dimension tribale de notre engagement africain, de Bolloré à Le Foll et j’en passe… Mais on est là, bien entendu,  très loin de Calais, où s’échouent les rescapés de notre aide au développement.

http://www.rfi.fr/emission/20171111-lavergne-cnrs-deplaces-darfour-renvoyer-condamner-mort

 

 

 



Attentat de Mogadiscio

Quelques interventions de Marc Lavergne dans les media :

Deutsche Welle

http://www.dw.com/fr/les-shebab-toujours-actifs-en-somalie/a-40975761

RTS

https://www.rts.ch/info/monde/9000555-le-bilan-du-double-attentat-a-mogadiscio-s-alourdit-a-pres-de-280-morts.html

France culture

https://www.franceculture.fr/geopolitique/le-carnage-de-mogadiscio-est-la-preuve-que-la-stabilisation-de-la-somalie-depuis-le-debut-des-annees-2000-echoue

RMC

20171016_bourdin_2.mp3

 



France Culture 25/01/16 « Humanitaire, la fin des illusions ? » Une émission de Cultures Monde
26 janvier, 2016, 00:04
Classé dans : CRISES ET CONFLITS MONDE ARABE,GEOPOLITIQUE,INTERVIEWS RADIO

De Sylvain Delorme, avec Mego Terzian, président de MSF et Marc Lavergne :

http://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/humanitaire-la-fin-des-illusions-14-un-corridor-dans-la-guerre

 

 

 

 



Radio Vatican : trois interventions de Marc Lavergne en 2015 sur la situation au Soudan et au Soudan du Sud
20 novembre, 2015, 10:06
Classé dans : INTERVIEWS RADIO,SOUDAN,Sud-Soudan

http://fr.radiovaticana.va/news/2015/02/02/fragile_cessez-le_feu_au_soudan_du_sud/1121185

http://fr.radiovaticana.va/news/2015/02/25/omar_el-b%C3%A9chir_en_route_vers_un_nouveau_mandat_%C3%A0_la_t%C3%AAte_du_soudan/1125580

http://fr.radiovaticana.va/news/2015/07/09/soudan_du_sud__4_ans_d%E2%80%99ind%C3%A9pendance_et_une_sanglante_guerre_civile/1157147


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