Observations « participantes » de Marc Lavergne chercheur au CNRS / An insider’s view about the course of events in the Middle East and the Horn of Africa

« Les Kurdes : un peuple médite sur son destin », plus de quarante ans après…

Je rentrais d’une escapade au Kurdistan d’Irak, dans le maquis du PDK de Mollah Moustafa Barzani. J’étais encore novice dans la région, n’ayant guère connu que le Yémen et la Syrie où j’achevais un mémoire de géographie chez les montagnards du Haut-Qalamoun. Et j’étais élève à Sciences Po, ce qui  n’apportait (déjà ?) aucune garantie de compétence pour comprendre la marche du monde…Avec Francis Grégoire un copain d’enfance de mon village, on était donc partis comme des grands crapahuter dans les montagnes enneigées du Zagros, en passant par Téhéran – et par l’inévitable Savak.Les Kurdes  un peuple médite sur son destin

Au cours des longues soirées de discussions sous la tente avec les camarades du Comité Central, autour d’un poêle à mazout fumant, j’avais compris que les Kurdes ne revendiquaient pas l’indépendance, et que les liens qui les rattachaient à l’Irak étaient bien plus profonds et anciens qu’on ne voulait le croire en Occident. Mais que même les droits politiques minimes qu’ils revendiquaient ne pouvaient être reconnus dans le cadre de la dictature installée à Bagdad. Il me restait encore à éprouver le cynisme des Grandes Puissances : la CIA et le Mossad soutenaient à bout de bras la rébellion, qui s’inscrivait dans le cadre de la Guerre froide, mais les Etats-Unis et Israël avaient décidé d’arrêter les frais.

Le 6 mars, le Chah d’Iran et Saddam Hussein, vice-président de la République baassiste, signaient l’accord d’Alger, qui échangeait les Kurdes contre le Chatt el Arab. Piétinant dans la tempête de neige, l’exode commençait pour la population et les peshmergas, en direction d’Oshnovieh, sur la frontière iranienne. Les combattants déposaient leurs armes devant les agents iraniens, et un hélicoptère emmenait Musapha Barzani et ses deux fils, Idriss et Massoud,  vers un exil incertain.

De retour à Téhéran, j’écrivis plusieurs papiers pour payer nos billets pour la France. Je ne les avais jamais lus, appelé par d’autres horizons et ne sachant même pas s’ils avaient été publiés.  Puis la révolution islamique étant passée par là. Mais un ami les a retrouvés récemment à la Bibliothèque nationale à Téhéran.

Il ne s’agit pas tant de l’émotion ou de la lamentation de rigueur lorsque l’on évoque le destin des Kurdes, mais, sans aucune nostalgie, du déclin historique et inéluctable de l’intelligence et de la puissance de l’Occident face à la marche du monde. J’étais certes encore un peu naïf, mais dans Le Monde, Jean Gueyras, plus chevronné et lucide,  s’interrogeait pour savoir si les Kurdes n’avaient pas lâché « la proie pour l’ombre », en refusant l’autonomie culturelle que leur proposait Saddam Hussein…De Halabja à Afrine, le pire était encore (et est toujours) à venir…


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